NVIDIA – Hugging Face : la France avait-elle déjà perdu ce géant de l'IA ?

News & Insights

6 min1 min read

Trois fondateurs français, un géant mondial de l’IA construit aux États-Unis et un accord à 12,9 Md$. L’histoire de Hugging Face interroge la capacité de l’Europe à faire grandir ses champions.

NVIDIA et Hugging Face – rachat annoncé à 12,9 milliards de dollars et avenir de l’IA européenne

Selon une information publiée par The Information et reprise par Reuters, NVIDIA aurait conclu un accord pour acquérir Hugging Face pour 12,9 milliards de dollars.
À ce stade, ni NVIDIA ni Hugging Face n'ont cependant officiellement annoncé publiquement la transaction.
Si elle se confirme, l'opération serait majeure : NVIDIA mettrait la main sur l'une des plateformes les plus importantes de l'écosystème mondial de l'intelligence artificielle.
Mais vue de France, cette histoire en raconte une autre.
Car Hugging Face a été fondée par trois Français : Clément Delangue, Julien Chaumond et Thomas Wolf.
Alors, la France est-elle aujourd'hui en train de perdre l'un de ses champions de l'IA ? Pas exactement.
D'une certaine manière, une partie de cette histoire s'est jouée il y a déjà dix ans.

Trois Français, une entreprise devenue américaine

L'histoire de Hugging Face commence en 2016.
Clément Delangue, Julien Chaumond et Thomas Wolf sont français et leur projet naît d'abord de leurs échanges en France. Mais l'entreprise va rapidement traverser l'Atlantique.
À l'époque, leur idée est très différente du Hugging Face que nous connaissons aujourd'hui : ils souhaitent créer un chatbot basé sur l'intelligence artificielle, une sorte d'ami virtuel destiné notamment aux adolescents.
Le projet est ambitieux, très expérimental et sans modèle de monétisation évident.
L'équipe obtient alors un premier investissement de 200 000 dollars auprès de Betaworks, puis rejoint l'accélérateur new-yorkais de l'investisseur.
C'est à ce moment-là que Hugging Face est officiellement installée aux États-Unis.
Quelques années plus tard, Julien Chaumond expliquera très clairement ce contexte : pour un projet grand public de ce type, sans monétisation immédiate, les fondateurs considéraient qu'ils n'auraient pas réussi à lever les fonds nécessaires en France à l'époque.
Cette nuance est importante. Il ne s'agit pas de dire que la France était incapable de financer des startups technologiques en 2016. Mais certains projets très risqués, très consommateurs de capitaux et reposant sur une ambition mondiale immédiate trouvaient alors beaucoup plus facilement des investisseurs aux États-Unis.

Du chatbot au « GitHub de l'IA »

Le premier projet de Hugging Face ne sera finalement pas celui qui fera son succès. L'entreprise pivote progressivement vers les outils destinés aux chercheurs et développeurs en intelligence artificielle.
Elle développe notamment la bibliothèque Transformers et construit une plateforme permettant de publier, partager, tester et utiliser des modèles, datasets et applications d'IA.
Hugging Face devient ainsi progressivement ce que beaucoup décrivent aujourd'hui comme le « GitHub de l'IA ».
La comparaison n'est évidemment pas parfaite, mais elle permet de comprendre son rôle.
Hugging Face ne développe pas simplement un modèle concurrent de ceux d'OpenAI, Anthropic, Google, Meta ou Mistral. La plateforme accueille et distribue des modèles issus de très nombreux acteurs différents.
Elle constitue donc une infrastructure importante de l'écosystème des modèles ouverts et open-weight.
Et c'est précisément ce qui rend l'intérêt de NVIDIA particulièrement stratégique.

Pourquoi 12,9 milliards de dollars ?

Selon The Information, NVIDIA aurait accepté de payer 12,9 milliards de dollars pour Hugging Face. Reuters rapporte également que l'entreprise générerait environ 150 millions de dollars de revenus annualisés. Le rapport entre ces deux chiffres est spectaculaire.
Mais NVIDIA ne paierait évidemment pas seulement les revenus actuels de Hugging Face. Il paierait surtout sa position dans l'écosystème mondial de l'IA.
Hugging Face avait d'ailleurs déjà atteint une valorisation de 4,5 milliards de dollars en 2023, lors d'une levée de 235 millions de dollars à laquelle participaient notamment Salesforce, Google, Amazon, NVIDIA, AMD, Intel, Qualcomm et IBM.
Autrement dit, les principaux acteurs de l'industrie avaient déjà identifié depuis plusieurs années le caractère stratégique de la plateforme.

Pourquoi NVIDIA s'intéresse autant aux modèles ouverts

NVIDIA domine aujourd'hui une grande partie de l'infrastructure matérielle utilisée pour entraîner et exécuter les modèles d'intelligence artificielle. Mais cette position est de plus en plus contestée.
De grandes entreprises technologiques développent leurs propres accélérateurs et cherchent à réduire leur dépendance aux GPU NVIDIA.
Selon The Information, c'est précisément l'une des raisons stratégiques qui expliqueraient l'acquisition de Hugging Face.
NVIDIA aurait intérêt à voir prospérer un vaste écosystème de modèles ouverts, développé par une multitude d'entreprises indépendantes.
Pourquoi ? Parce que ces entreprises auront toutes besoin d'infrastructures pour entraîner et faire fonctionner leurs modèles.
Et NVIDIA entend évidemment rester au centre de cette infrastructure.
L'acquisition de Hugging Face lui donnerait alors une position beaucoup plus proche des développeurs, des modèles et de leur déploiement.
Ce serait un prolongement logique de sa stratégie : ne plus être seulement l'un des fournisseurs essentiels de puissance de calcul de l'IA, mais occuper davantage de couches de l'écosystème logiciel qui l'entoure.

Alors, la France perd-elle Hugging Face en 2026 ?

C'est probablement la question la plus intéressante de cette histoire.
Dire simplement que « la France perd Hugging Face » serait trompeur.
Hugging Face est juridiquement et économiquement une entreprise américaine depuis ses débuts.
Son siège est à New York, même si l'entreprise a conservé une présence importante en France et recruté de nombreux talents français.
La vraie question est donc ailleurs :
Comment trois entrepreneurs français en sont-ils arrivés à construire aux États-Unis ce qui allait devenir l'une des entreprises les plus importantes de l'écosystème mondial de l'IA ?
La réponse appartient en partie au contexte de 2016.
Les États-Unis disposaient alors d'une profondeur de capital-risque, d'une culture du financement de projets extrêmement risqués et d'un écosystème technologique difficilement comparables à ceux disponibles en Europe.
Pour les fondateurs de Hugging Face, l'accès à Betaworks et aux investisseurs américains a joué un rôle concret dans le lancement de l'entreprise.

Dix ans plus tard, la France a changé

Il serait pourtant faux d'en conclure que la situation française est restée la même. Elle a considérablement évolué.
Bpifrance indique par exemple avoir investi 240 millions d'euros en capital développement dans l'IA en 2025, contre seulement 17 millions en 2024, auxquels s'ajoutent près de 100 millions d'euros en capital innovation.
Des projets d'infrastructure de plusieurs milliards d'euros sont également en cours de développement sur le territoire.
Et surtout, de nouveaux champions ont émergé.
Mistral AI en constitue l'exemple le plus évident.
Créée en France en 2023, l'entreprise a atteint une valorisation de plus de 10 milliards d'euros en seulement quelques années et développe aujourd'hui ses propres modèles, infrastructures et capacités de calcul en Europe.
Cela aurait été beaucoup plus difficile à imaginer dans l'écosystème français de 2016.
La France et l'Europe ont donc clairement progressé.
Mais l'histoire de Hugging Face rappelle aussi le chemin qui reste à parcourir.

Créer des champions ne suffit pas. Il faut pouvoir les faire grandir.

L'Europe possède des chercheurs reconnus mondialement. Elle forme d'excellents ingénieurs. Elle produit des entrepreneurs capables de construire des entreprises technologiques mondiales.
Le sujet n'est donc pas uniquement celui du talent.
Il est aussi celui du passage à l'échelle.
Une entreprise technologique mondiale peut nécessiter plusieurs milliards d'euros de capitaux, énormément de puissance de calcul, un accès rapide aux marchés internationaux et des investisseurs capables d'accepter des années d'incertitude.
C'est sur cette capacité à accompagner les entreprises jusqu'à cette échelle que l'écart entre l'Europe et les États-Unis reste déterminant.
La question n'est donc plus seulement :
« Sommes-nous capables de créer le prochain Hugging Face ? »
Nous savons déjà que la réponse est oui.
La véritable question devient :
« Si nous créons le prochain Hugging Face, aurons-nous les moyens de le faire grandir jusqu'à l'échelle mondiale depuis l'Europe ? »

Et cette bataille dépasse largement le secteur technologique

L'enjeu ne concerne pas uniquement les entreprises qui développent de l'intelligence artificielle. Ces infrastructures vont progressivement transformer presque toutes les industries.
Le commerce en fait partie.
Recherche produit conversationnelle, recommandations, génération de contenu, analyse de données, automatisation des opérations ou agents capables d'accompagner voire d'effectuer un achat : l'intelligence artificielle entre progressivement dans toutes les couches du commerce numérique.
Derrière ces usages se trouvent des modèles.
Derrière ces modèles se trouvent des infrastructures.
Et derrière ces infrastructures se trouvent désormais quelques entreprises capables d'investir des dizaines de milliards de dollars.
Le possible rapprochement entre NVIDIA et Hugging Face illustre parfaitement cette bataille.
La compétition autour de l'intelligence artificielle ne porte plus uniquement sur qui possède le meilleur modèle.
Elle porte aussi sur qui contrôle les infrastructures, les outils, les plateformes et les écosystèmes sur lesquels les futurs usages seront construits.

Le véritable enseignement de Hugging Face

L'histoire de Hugging Face peut finalement susciter à la fois de la fierté et une certaine frustration.
Trois Français ont construit l'une des infrastructures les plus importantes de l'intelligence artificielle mondiale. Cela démontre une nouvelle fois la qualité des talents issus de l'écosystème français.
Mais leur parcours rappelle également une réalité : avoir les talents ne suffit pas.
Il faut aussi disposer de l'environnement permettant de transformer une excellente idée en entreprise mondiale.
La France et l'Europe investissent aujourd'hui beaucoup plus fortement dans l'intelligence artificielle qu'il y a dix ans. C'est probablement l'une des évolutions les plus importantes de ces dernières années.
Le défi est désormais de montrer que nous pouvons non seulement faire émerger les prochains champions technologiques mondiaux, mais également leur donner les moyens de devenir mondiaux depuis l'Europe.

Note de la rédaction, 29 août 2026 : The Information rapporte que NVIDIA aurait conclu un accord pour acquérir Hugging Face pour 12,9 milliards de dollars, information reprise notamment par Reuters. Au moment de la publication, NVIDIA et Hugging Face n'avaient pas encore annoncé publiquement la finalisation de la transaction.

Get in touch

You manage complex platforms.

OKTee empowers you to take back control.

CONTACT

You manage complex platforms.

OKTee empowers you to take back control.

30 minutes
Via video call
No commitment

In 30 minutes, let's identify the manual processes, risks, and hidden leaks slowing down your teams—and map out the exact growth levers OKTee can activate.

30 minutes
Via video call
No commitment

In 30 minutes, let's pinpoint the manual processes, risks, and hidden leaks slowing down your teams—and map out the exact growth levers OKTee can activate.

Get in touch

You manage complex platforms.

OKTee empowers you to take back control.

30 minutes
Via video call
No commitment

In 30 minutes, let's pinpoint the manual processes, risks, and hidden leaks slowing down your teams—and map out the exact growth levers OKTee can activate.